Accueil Newsletter plan du site contact

Souraya Akkouche : "Un apprentissage commun pour accompagner les associations"

Souraya Akkouche dirige la cellule exécutive chargée à Alger de la mise en du programme Joussour, depuis son lancement en 2007. Interview.

En quoi consiste le travail de la cellule exécutive du programme ?

La cellule met en œuvre les activités qui ont été décidées par l’ensemble des membres en assemblée plénière - et par le comité de pilotage, c’est donc la cheville ouvrière du programme. Elle est composée de salariés algériens, et peut recourir a une expertise externe : des personnes ressources par exemple, ou des consultants pour des missions ponctuelles. Nous sommes appuyés par le CFSI, qui est l’Ong garante du programme vis-à-vis du principal bailleur de fonds - le ministère français des Affaires étrangères - et de l’AFD, l’Agence française de développement. Concrètement, il s’agit pour nous d’animer le réseau des membres, d’accompagner les associations bénéficiaires des fonds dans la réalisation de leurs projets, en leur fournissant des outils de gestion de projets, de favoriser la connaissance et l’échange d’expériences entre les membres en organisant des formations, des ateliers, des rencontres inter-associatives, etc. C’est donc une structure-pivot dans l’architecture du programme.

Le programme est passé de 40 membres durant la phase pilote à 80 membres pour la phase « vraie grandeur ». En 2010 il atteint 115 membres. C’est un indicateur de l’intérêt suscité par le programme mais cela le rend également plus complexe…

Oui. Il y a un intérêt accru pour le programme, c’est certain. Celui-ci a vocation à s’ouvrir à d’autres acteurs dont la priorité est l’enfance et la jeunesse, que ce soit au niveau de la société civile algérienne ou au niveau des pouvoirs publics. Mais, cette ouverture a été voulue progressive, pour répondre au mieux aux attentes de nos membres - qui sont diverses - et parce que le programme a des moyens limités. Avec cet élargissement, il est en effet plus complexe de trouver l’animation adéquate, pour que chacun puisque trouver sa place dans le programme, et faire en sorte que chacun sente qu’il est membre actif et non pas un simple figurant... Enfin que les uns et les autres - ONG étrangères, associations algériennes et pouvoirs publics – puissent apporter leur compétence. La gageure est de maintenir l’intérêt de tous pour Joussour en répondant à des attentes qui ne sont forcément les mêmes. Bref, de faire en sorte que la concertation, principe fondamental du programme, soit une réalité et non pas une vue de l’esprit.

Comment s’organise la construction de l’animation avec cette diversité d’acteurs ?

Il s’agit avant tout de rassembler les acteurs autour d’objectifs et d’une vision partagés et leur donner des espaces et des moyens d’expression, que ce soit dans le cadre général du programme ou en les soutenant dans leurs actions individuelles, à travers les fonds d’appui aux projets. Mais aussi, c’est important, d’inciter au débat sur ce que doit être le rôle de la société civile dans les politiques publiques, notamment en direction de la jeunesse et l’enfance, son interaction avec les pouvoirs publics, ou à l’international avec les ONG étrangères, etc. Il y a bien sur des difficultés : il faut du temps pour mettre en place la concertation, bien connaître les membres, identifier les compétences sur lesquelles s’appuyer au sein du réseau, etc. Et ce n’est pas forcément compatible avec l’urgence de l’action ou de résultats immédiats sur le terrain. Il faut donc, à la fois, être dans l’action et la concertation permanente.

L’accompagnement des associations représente une part importante du programme...

Oui. Il y a aujourd’hui un réel problème de ressources humaines dans le secteur associatif. Ce sont des métiers qui sont émergents en Algérie, et il y a encore d’importants besoins en termes de formation : on arrive difficilement à trouver des profils qui correspondent aux compétences que l’on souhaite mettre au service des associations. C’est également valable pour l’expertise à court terme, pour l’accompagnement des associations. La notion de gestion de cycle de projets n’existe en Algérie que depuis une dizaine d’années, et l’accompagnement fait souvent défaut…

Cela pose la question de la pérennité des actions menées par Joussour

Je pense qu’il faudrait trouver des formes d’appropriation des nouvelles pratiques que Joussour tente de mettre en place. L’une des propositions des membres est d’aller vers la création d’un Centre de Ressources, qui pourrait tirer profit des enseignements du PCPA par exemple et offrir un cadre commun aux associations. C’est une piste de travail intéressante, une structure qui pourrait prendre en charge les préoccupations des associations algériennes, membres du programme ou pas : offrir des services, les accompagner dans leur structuration propre et dans la mise en œuvre d’actions de qualité. La pérennité d’un tel programme passe également par une plus grande participation des pouvoirs publics à cette dynamique, bien sûr...

Comment les pouvoirs publics participent-ils au programme ?

Les autorités locales, au sein des territoires où nous mettons en œuvre le programme (Constantine, Oran, El Oued, Bouira), s’impliquent de façon significative. L’impact est important. Le fait qu’elles contribuent aux différentes phases du programme au niveau local a été un facteur de rapprochement avec des associations de leurs territoires qu’elles ne connaissaient pas forcément. Cela a permis à certaines collectivités et institutions déconcentrées de l’Etat comme les directions de la Jeunesse et des Sports (DJS) de repenser les relations avec le mouvement associatif : d’avoir une approche « projet » plutôt qu’une approche de cofinancement... Participer, visiter et suivre les projets, c’est une nouvelle façon de travailler avec les associations et la société civile que nous essayons de mettre en place, ensemble...

Le programme Joussour a évolué depuis la phase pilote en 2007, il est maintenant rôdé ?

Oui, et il s’est affiné et affirmé dans ses objectifs. La phase pilote a surtout été une période expérimentale qui a nous a permis de tester les outils du programme et de les améliorer en les adaptant au contexte. C’était donc une phase importante qui a permis de mettre en pratique ce qu’on avait imaginé durant la phase d’étude préalable. Il y a bien sûr des stratégies que nous avons du revoir, en fonction de la réalité du terrain, de l’approche qu’en avaient les membres.... Aujourd’hui les membres se connaissent mieux, des relations de confiance se sont établies et cela a conduit à des projets en partenariat sud-sud ou nord-sud, à des mises en réseau, à une réflexion collective et à la construction de plaidoyers communs. Il y a également eu des productions collectives sur des thématiques "enfance et jeunesse" à l’intérieur de ces réseaux, sur des problématiques importantes et actuelles comme les droits de l’enfant, la prise en charge des enfants handicapés, les politiques publiques "jeunesse et enfance" au niveau local, le phénomène de l’exclusion scolaire, celui des harragas...

Quel est l’impact réel sur les associations, dans leur environnement ?

Il est différent selon que les outils mis en place soient destinés à des associations émergentes, des petites structures, ou à des associations qui sont déjà en phase de professionnalisation, mais c’est un impact important à mon sens. Pour les associations émergentes, celles-ci ont pu passer du stade ou elles menaient des petites actions ponctuelles et occasionnelles, sans réelle visibilité, au stade de projet, avec une meilleure crédibilité dans leurs territoires. Cela a eu un effet structurant sur l’association elle-même : il y a une prise de conscience de son rôle et de son apport au niveau local, comme de ses relations avec son environnement : avec les autres associations ou les pouvoirs publics. Des associations ont pu grâce au FAIL se découvrir : elles se connaissaient et travaillent désormais ensemble, s’apportent une aide mutuelle et sont reconnues des pouvoirs publics. Certaines arrivent aujourd’hui à capter des financements d’autres bailleurs de fonds.

Et pour les associations plus importantes ?

Pour les associations d’envergure, le programme leur a permis d’une part de poursuivre des projets qui sont dépendants de financement extérieurs, des projets très importants qui répondent à un réel besoin pour l’enfance et la jeunesse. Les outils de gestion administrative et financière que nous avons mis à leur disposition ont permis d’autre part d’améliorer la qualité de leurs actions. Les partenariats nord-sud développés ont permis un réel transfert de savoir-faire et les rencontres d’évaluation collective de leurs projets leur ont permis de prendre du recul et de confronter leurs pratiques notamment avec des ONG étrangères. Il ne s’agit pas d’uniformiser les pratiques, mais de s’inspirer de celles des uns et des autres pour s’améliorer et être plus efficace dans la mise en œuvre de son action. De ce point de vue, il existe là aussi un effet structurant sur l’association.

Pour la phase 2010-2012 il est question de renforcer l’animation territoriale…

Il y a une demande importante des membres du programme dans ce sens. Il s’agit de travailler au niveau local : les associations réalisent que les pouvoirs publics locaux (mairies, DAS, DJS, DS, etc.) sont des partenaires aussi importants que les institutions nationales et qu’ils sont plus à l’écoute, plus accessibles. On tisse des relations plus facilement au niveau local... Dans le programme, nous essayons aussi d’aller, quand on le peut, vers des territoires enclavés où il existe un tissu associatif émergent qui a besoin d’être accompagné pour se développer… L’axe formation, communication, plaidoyer sera également renforcé dans cette nouvelle phase.

 
 
Réalisation kdconcept