L’APCS développe des programmes éducatifs et de sensibilisation auprès de divers publics. Elle met en place des actions innovantes pour aborder la question sensible du Sida VIH et apporter des solutions de prévention et de prise en charge de personnes atteintes par la maladie. L’association a créé, dans le quartier de Gambetta à Oran, le premier centre de dépistage anonyme et gratuit du Sida en Algérie.

L’assemblée plénière a élu le nouveau comité de pilotage, c’est un peu le levier du programme…
C’est l’espace ou les décisions sont discutées et prises dans la concertation. Nous n’avons jamais eu besoin de lever la main et de voter : c’est la force de l’argumentation et pas l’inverse. On peut être en opposition, mais il y a toujours un consensus au niveau des débats, on en ressort enrichi. Bien sûr, on utilise toujours le même vocabulaire et ce même mot : la concertation, mais c’est vraiment ça ! J’ai été dans d’autres associations, j’ai été syndicaliste, et c’est très différent. Pour l’élection du nouveau comité de pilotage, cela s’est passé dans la transparence, il n’y a pas eu de heurts, pas de tensions, et pourtant il y a un enjeu majeur. C’est aussi ça l’apprentissage. Il y a de nouveaux membres qui arrivent, des collègues qui étaient avec nous sont restés, et c’est la mémoire de Joussour, c’est une école de démocratie…
Vous participez au programme Joussour depuis le début, c’est un long chemin…
Oui, depuis le départ, c’est à dire depuis l’étude préalable qui a été faite avant le lancement du programme… Et franchement, aujourd’hui je pense que cela a été un réel apprentissage. Après les dernières séances de l’assemblée plénière, je me disais qu’on se sentait grandi et valorisé, et pourtant ça n’a pas été toujours drôle ou facile quand il s’agissait de défendre des points de vue par exemple… Il y a des parcours de vie complètement différents qui se mettent autour d’une table, on a parfois des certitudes et on se demande ce qu’on fait là, et puis on se dit : « tiens, ça je ne connais pas » et on apprend, et il y a des convergences… La coordinatrice de Joussour, Souraya Akkouche a dit cette phrase : « j’ai grandi, humainement, en apprenant », et c’est exactement ça… Cette construction collective a tissé des relations humaines, il y a du professionnalisme certes, mais il y a aussi ce qui me lie aux autres membres du comité de pilotage par exemple, c’est aussi de l’amitié. Comme je le disais, au début ce n’était pas gagné, les débats pouvaient être houleux, et puis dans le travail, il y avait une convergence d’idées. Nous avons chacun notre propre univers et notre propre parcours, mais il y a aussi quelque chose de commun qu’il faut partager car nous voulons faire avancer les choses au sein de la société civile, et c’est important.
La concertation a été un élément clé de la construction du programme, et le « jeu à quatre », associations françaises et algériennes avec les pouvoirs publics des deux rives n’est pas toujours aisé…
Dès le moment ou il y a concertation, c’est déjà pour nous une avancée formidable. Dans ce programme, la concertation n’est pas seulement un mot, c’est un contenu : nous avons fait bouger les lignes. La nouvelle phase prévoit d’aller vers les territoires par exemple, c’est quelque chose qu’il faut pointer, dont il faut parler. Nous sommes dans un pays avec un système autoritariste ou presque, et ou les décisions sont fortement centralisées. Les pouvoirs publics sont conviés depuis le début, et ils ne viennent pas toujours, donc le jeu à quatre est aussi un point faible… Il y a des préjugés, et parfois le concept est mal compris. Mais nous avons contourné les difficultés pour avancer, car il ne fallait pas s’arrêter… Les territoires nous ont aidé à surmonter le problème : Joussour y réunit des associations françaises et algériennes, les pouvoirs publics français avec les services déconcentrés de l’Etat algérien. Et c’est un début… Je reste totalement optimiste sur ce point là, et on ne peut pas rater un tel outil de coopération qui nous est proposé, ce serait contre-productif pour les institutions. Aujourd’hui on ne peut plus élaborer un plan national de développement sans y associer la société civile…
Quel est justement l’impact du programme sur votre environnement, sur le milieu associatif ou sur votre association par exemple ?
On ne peut pas parler d’impact à court terme, mais il y aura une transformation des pratiques qui sera profonde à long terme, c’est une conviction. Au sein de mon association par exemple, il y a eu une assemblée générale il y a quelques mois, j’ai tenu à ce qu’elle se déroule dans la plus grande démocratie, et je voulais que les fondateurs que je n’avais pas vus depuis dix ans soient présents, c’était important qu’ils viennent. Nous avons débattu, et il y avait beaucoup de résistances sur la question d’associer les travailleurs du sexe ou les homosexuels à la prévention dans la lutte contre le Sida. Il y a eu un fort débat, et ca a porté ses fruits… Plus récemment j’ai adapté le travail de capitalisation qui est fait par Joussour et je l’ai utilisé dans une institution : un hôpital public qui a dix ans d’existence et au sein duquel il fallait capitaliser les expériences. Nous sommes donc partis avec des outils qu’on devait utiliser et élaborer dans le cadre du PCPA et aujourd’hui chacun à toute latitude et l’aptitude pour les utiliser dans sa pratique quotidienne, en dehors du programme.
C’est le cas aussi pour les petites associations, les associations de jeunes, elles participent s’approprient les outils, participent au processus…
Oui, et elles n’ont aucun complexe ! Comme le fait de se présenter au Comité de Pilotage… Il n’y a aucune différence entre une petite association d’El Oued qui est dans le programme depuis quelques mois et les membres de Joussour plus anciens… Le programme est entre leurs mains, ils s’impliquent, et il n’y a aucune fermeture quand ailleurs toutes les portes sont souvent fermées. Et la jeunesse est au cœur du programme, sinon on ne pourrait pas réussir. Il faut ouvrir en direction des jeunes qui représentent 70% de la population et aux femmes, un travail qui ne prendrait pas en compte ces considérations serait voué à l’échec…
La formation, le renforcement des capacités, c’est la clé du développement des associations ?
C’est un préalable important, il faut le dire, nous sommes dans un pays qui a produit trop de diplômés généralistes : ils ne font rien avec leurs titres. Il faut qu’on aille vers plus de qualification, et c’est quelque chose qu’on ne peut pas obtenir à l’université. Je suis enseignant et je le vois bien : je suis malade de voir ces hordes de médecins qui sortent chaque année et qui ne trouvent pas d’emploi ou qui sont dans l’approximation. Il faut qu’il y ait des masters, qu’on démultiplie les qualifications sur le développement durable, l’écologie, l’environnement. Ce sont des métiers émergents et qui vont l’être chez nous ; bien sûr, mais nous perdons beaucoup de temps. Alors qu’au Maroc par exemple, on a investi fortement les ressources humaines.
Joussour s’inscrit dans une démarche d’articulation avec les autres PCPA : au Maroc, en Guinée, au Congo… L’esprit est le même, mais les démarches sont différentes. Comment ces dispositifs vont-ils s’inscrire dans la pérennité ?
Je ne me sens pas du tout étranger aux trois programmes : ce sont les mêmes termes, nous partageons la même réflexion, les mêmes aspirations et les mêmes attentes. J’ai accompagné les trois programmes et je me sens dans mon univers, alors que c’est un univers qui m’était totalement étranger : il y a un lien. La démarche est différente, c’est vrai, l’appropriation aussi, mais l’outil est le même, et les fonds sont les mêmes… En fait le dispositif est identique et il réellement transférable : je pense que l’ingénierie programme qui est mise en place au sein des PCPA doit se transformer en une « ingénierie sociale », disons-le comme ça, et c’est le réel enjeu. La pérennité, cela dépend de nous. En tant que représentant inter-PCPA, j’ai assisté récemment à une rencontre du programme Concerté Maroc (PCM), il y a une grande réflexion à ce niveau là et c’est une réflexion responsable : ils savent qu’ils n’ont pas de moyens, mais qu’il faut pérenniser la démarche, ils y vont, on voit bien qu’ils sont totalement investis à ce niveau.
Lire l’article sur l’APCS paru dans le recueil sur les associations algériennes
Téléchargez la plaquette de présentation des programmes Concertés Pluri-Acteurs sur le site du CFSI
Les autres PCPA consultez le blog du Projeg (Guinée) et le site du PCM (Maroc)