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Alphonse Yombouno (Projeg) : En Guinée, l’implication des pouvoirs publics est effective

Le représentant du PCPA Guinée, le Projeg (Programme de Renforcement des capacités des Organisations de la société civile et de la Jeunesse Guinéenne) a assisté à l’Assemblée plénière de Joussour qui s’est tenue du 4 au 7 Juin à Tipaza. Le Projeg est principalement axé sur les politiques jeunesse mais promeut également des espaces de réflexion et de concertation avec les pouvoirs publics sur les thèmes de la dette, de la question foncière, des ressources minières, de la bonne gouvernance et de la citoyenneté. Interview.

- Référent national du Projeg, Alphonse Yombouno est membre du comité de pilotage et responsable de l’Association pour le Développement Durable et la Protection de l’Environnement en Guinée. Cette association travaille sur les questions de plaidoyer dans le domaine du foncier, notamment sur la promotion des droits des femmes pour l’accès à l’héritage et traite également des questions de citoyenneté et d’éducation civique comme le phénomène des violences en milieu scolaire.

Le Projeg a le même âge que le programme Joussour, il a été lancé en 2007…

Oui notre programme a démarré en 2007 suite aux différentes concertations qu’il y a eu entre l’Ong Aide et Action (www.aide-et-action.org), qui travaille en Guinée notamment dans le domaine de l’éducation. La société civile guinéenne a tissé des relations avec cette association, et il y a eu la mise en place du programme concerté, le Projeg, par le biais de la coopération. Notre programme œuvre à renforcer les capacités des organisations de la société civile et de la jeunesse guinéenne, qui a été longtemps exclue des instances de décision.

Vous avez assisté aux travaux de l’assemblée plénière de Joussour, quel est votre regard sur le programme algérien ? Les stratégies sont proches…

Oui y a des points de convergence. En écoutant la coordinatrice de Joussour, Souraya Akkouche, j’ai noté que nous avions à peu près les mêmes chartes, et que nous étions proches en matière de résultats : il y a eu une démarche commune et nous avons créé une solidarité entre les associés (membres). De plus il y a une réelle transparence. Je peux dire que la seule différence, c’est qu’a un niveau de la Guinée il y a une participation des pouvoirs publics : ils prennent une part active au Projeg, et en général aux activités, aux discussions aux échanges… Nous trouvons des solutions ensemble... Ce que j’ai remarqué, à travers ces deux journées, c’est qu’en Algérie il y a une certaine réticence au niveau des pouvoirs publics, mais il revient toujours à Joussour de persévérer, de ne pas baisser les bras. Toutes les associations doivent être impliquées pour aller vers les pouvoirs publics, et j’ai une forte intuition qu’à terme ils s’impliqueront dans cette dynamique.

Il y a donc une réelle une synergie avec les pouvoirs publics…

Il faut dire qu’au départ nous étions dans le même cas que l’Algérie. Nous avons eu des difficultés avant de faire accepter le projet et il y avait une certaine méfiance. Vous savez, chez nous, quand on parle de bonne gouvernance, de corruption, les pouvoirs publics se croient attaqués (rires). Certains avaient peur de l’ascension des associations. Nous avons donc commencé par créer des réseaux avec la même stratégie dans toutes les régions. Nous sommes allés voir les pouvoirs publics en disant : la corruption atteint des seuils inquiétants, sans porter d’accusations. Des discussions ont été engagées et il y avait un intérêt pour tous. Par la suite, les défaillances de l’administration ont par exemple ont été identifiées. Maintenant quand il y a des actions de formations, de sensibilisation, nous allons vers eux, nous les informons que nous allons débattre de certains sujets. Les pouvoirs publics sont là, ils donnent leur point de vue, on échange ensemble et donc ils nous accompagnent dans tout le processus. Il n’y avait pas auparavant de rapports entre la société civile et les paris politiques, nous avons réussi avec le Projeg à mettre tout le monde autour de la table : les partis politiques, la société civile et syndicats. C’est aujourd’hui effectif, et pour la vie associative, les résultats sont tangibles et en peu de temps.

Et vous obtenez des résultats sur le terrain ?

Oui, je vous cite un exemple : dans une région, des associations se plaignaient de l’accès aux agréments, les récépissés, qu’ils avaient du mal à obtenir et parfois en payant. Nous avons invité dans chaque région les représentants des services déconcentrés qui sont concernés par cette question ou par les politiques jeunesse. Et là il y a eu des débats entre les associations et les représentants de ces services, on a parlé ouvertement de corruption, et ça a créé une dynamique. Des débats ou chacun se défoule…Les pouvoirs publics, mis en cause, ont adopté de nouvelles stratégies pour créer des solutions de fluidité, et maintenant il n’y a plus de problèmes concernant l’agrément.

Quelles sont les différences au niveau du fonctionnement des deux programmes ?

Il y a une petite différence au niveau de l’accompagnement : chez nous il y a ce qu’on appelle les « collèges régionaux », ce sont des assemblées au niveau des différents points focaux, avec des représentants des jeunes, des femmes, des syndicats, une diversité d’acteurs qui se mettent autour de la table et qui échangent sur les difficultés et les préoccupations locales, qui sont bien sur en adéquation avec les objectifs fixés par le Projeg. Toutes les contraintes sont identifiées au niveau local, ainsi que les mécanismes à mettre en œuvre pour une sortie de crise. Cela réduit le travail du Comité de Pilotage. J’ai bien compris qu’à travers le règlement intérieur algérien, une part importante du travail revient au Copil. En Guinée, nous tentons de responsabiliser les collèges régionaux, qui sont chargés de traiter des questions élémentaires. Les questions et les dossiers qui arrivent au niveau du Copil sont donc affinés.

La dynamique est la même au niveau des projets ?

Oui. Mais il y a une différence dans l’instruction des « actions », ce que vous appelez « projets » en Algérie. Au départ, les projets proposés par les associations étaient envoyés au Comité de Pilotage, qui avait du mal à en instruire une centaine en quelques jours. Nous avons donc décentralisé cette procédure. Au niveau du collège régional nous avons adopté certaines mesures : faire en sorte que l’AG élise un comité d’instruction qui fait un travail de base et instruit toutes les actions (les projets) qui ont été proposés en région. C’est une façon aussi d’éviter d’avoir des associations fantômes. Toutes les associations se connaissent entre elles, elles voient si les associations sont dans les normes, si elles sont opérationnelles, si il y existe une gouvernance effective. Ce travail de fond est donc fait localement. Et si une association ne répond pas à ces conditions elle est écartée.

Ce fonctionnement est-il rôdé ?

Oui et même certains membres de comités réalisent que leurs propres projets ne répondent pas aux normes et sont les premiers à laisser la place aux autres. Souvent quand 50 actions sont présentées en région, le comité ne présente au Copil que 15 ou 20 actions… Nous avons créé par ailleurs une commission mixte qui est composé de membres du Comité de Pilotage et de membres du bureau exécutif, l’équivalent en Algérie de la cellule exécutive. Nous essayons d’étudier toutes les actions qui nous ont été remontées par les régions. Dans un premier temps nous ne tenons pas compte de ce qui a été annoté en région par les points focaux concernant la pertinence, la faisabilité, etc. Nous portons nos appréciations et enfin nous faisons un regard croisé. Nous pouvons demander un complément d’information et des discussions sont engagées : cela permet d’affiner les projets mais aussi une forte implication de tous dans le processus. Le bureau exécutif peut de cette manière faire une meilleure sensibilisation, sur les critères par exemple, et cela évite d’exclure des projets. Par ailleurs, tous les acteurs essaient d’identifier les problèmes qui freinent le développement de leur entité. Donc ensemble ils font des propositions et les solutions sont trouvées au niveau local.

Le blog du Projeg : http://info-projeg.over-blog.net

 
 
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